
À moins de parler japonais et de pouvoir surfer sur les sites nippons, vous ne trouverez pas beaucoup d'informations concernant Yui Hata sur le web français. Et pour cause, cette femme n'est encore qu'une débutante dans son domaine. Le manga que je vais évoquer dans quelques instants est d'ailleurs, son tout premier projet. N'allez pas croire que c'est une œuvre légère et oubliable, les éditions Akata ont commercialisé une belle série, certes courte, qui souffre de quelques défauts, mais qui sait se montrer intéressante du début à la fin.
Je n'aurais probablement jamais eu l'idée de lire "Les Royaumes Carnivores", mais un de mes lecteurs m'a proposé l'idée et je dois dire que je ne regrette pas et je vais vous expliquer pourquoi.
Tout d'abord, sachez que le manga ne met en scène que des animaux. Ils parlent, agissent et se comportent comme les hommes, au point où certains se déplacent sur deux pattes. L'histoire se déroule dans une savane et plus précisément, dans un royaume, dirigé par la tribu royale des Lions. Une espèce carnivore qui s'est placée comme la force dominante de la région et oblige les autres à respecter leur autorité. Pire encore, les herbivores qui servent habituellement de nourriture sont utilisés comme esclaves, si elles ont mauvais goût. C'est le cas des gazelles de Thomson. Et parmi elles, une certaine Buena décide qu'il est grand temps de stopper cette tyrannie. Pour cela, elle n'a d'autres choix que de faire appel notamment à la "Démone Blanche", la dernière guépard blanche, seule espèce capable de mettre à mal les lions.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce manga n'est pas une simple ode à la rébellion, il est plus profond que ça. Yui Hata réussi le tour de force de dénoncer -en seulement trois tomes- certains travers de notre société, comme la surconsommation, l'abus de pouvoir, la haine de l'autre, la luxure et le péché d'orgueil. Se faisant, on se rend compte qu'on a là un manga pensé, qui nous amène à réfléchir sur notre mode de vie.

Autre grande force du titre : les dessins. Difficile de les ignorer tant ils sont un régal pour les yeux. Yui Hata charme par ses environnements détaillés, ses personnages pleins de vie et ses scènes de combat à couper le souffle. Un bon point aussi pour être allé au bout des idées et ne pas avoir fait dans la censure, illustrant des planches difficile à regarder, tant certains moments sont cruel et dégueulasse à voir.
Une sorte de rappel à la réalité, la nature est belle mais peut sembler parfois injuste. Dans cette même idée de réalisme, on peut évoquer ces lions. S'ils semblent foncièrement mauvais dans "Les Royaumes Carnivores", le but n'est pas de dire qu'être végétarien est mieux ou moins bon, mais se rappeler que ces derniers se situent au sommet de la chaîne alimentaire et un animal agissant par instinct ne fera pas de cadeau à ses proies.
Là où j'ai plutôt été déçu, c'est sur la fin. Quand on sait que la série n’excède pas les trois tome, voir le combat contre Marsias durer sur plus de cent pages, amène un peu de frustration. Plus on approche de la fin, plus on se rend compte qu'il s'agit finalement du dernier combat que nous -lecteurs- seront amenés à voir. Buena a toujours pour objectif de renverser cet état totalitaire, mais ce sera visiblement sans nous et c'est fort dommage sachant que l'auteur n'hésite pas à teaser un ennemi bien plus important que Marsias et Moussa.
Conclusion : Âmes sensibles s'abstenir
Je ne regrette absolument pas d'avoir lu "Les Royaume Carnivores", ça reste un manga plaisant et intéressant dans le fond. Le dernier tome est frustrant, tant on a pas ce mot de la fin, mais il n’éclipse en rien le merveilleux travail offert précédemment. Yui Hata se fera probablement une belle réputation dans les années à venir, je saurais personnellement à quoi m'attendre en voyant son nom sur une première page de couverture.
★★★★☆
Informations :
Scénario et dessins : Yui Hata
Éditeur original : Shūeisha via Miracle Jump (2014-2016)
Éditeur français : Akata (2017)
Nombre de tome : 3
Mickael Karakac
JASMIN © 2014 by Yui Hata / SHUEISHA Inc.
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