
À quoi pensez-vous, si je vous dis "années 80", "Yoshiharu Tsuge" et "Comic Baku"... Je suis presque certain de votre réponse et c'est tout à fait compréhensible. L'Homme sans talent est un manga peu connu du grand public et des fans. On est d'accord pour dire qu'il y a mieux pour démarrer la lecture d'un one-shot. On est aussi sur la même longueur d'onde si je vous dis que ce manga a peu de moyens pour séduire un lectorat et se vendre. Pourtant, ça a été l'un des rares one-shots que je connaissais et ce, depuis des années déjà. Avec ma volonté de remplir ce blog, on peut dire que cette œuvre était un choix qui tombait bien et pour cause, elle ne va pas au-delà des 230 pages et la lecture est plutôt rapide.
Je vous cache pas qu'au milieu de tout ce que je lis, j'avais aussi cette volonté de découvrir quelque chose, étendre ma curiosité vers une partie méconnaissable de la bande dessinée. Il faut savoir que jusqu'à hier, mon réflexe était de penser aux animés des années 80 et qui étaient diffusés sur les chaînes françaises, des shōnens devenus aujourd'hui cultes, que je ne vais pas citer. Mais on se rend compte à travers ce livre, qu'il y existe un océan d’œuvres et d'artistes, qui essayent de se faire une place au soleil. Yoshiharu Tsuge a beau ne pas être très connu hors des frontières nippones, il a su se démarquer à sa manière et influencer tout un tas de mangakas par la suite.
Mais que vaut l'Homme sans talent ? Ai-je regretté de m'y être intéressé ? Et plus important, faut-il vous conseiller la lecture ? Je vous laisse deviner les réponses à ces questions dans les lignes qui suivent.
Le récit :
L'Homme sans talent raconte l'histoire d'un homme, vendeur de pierre, qui a du mal à subsister aux besoins de sa famille. Vivant dans la difficulté avec sa femme et son fils, il a tenté de démarrer plusieurs affaires, sans pouvoir y aller au bout et obtenir du profit sur le long terme. Il fut cependant, à une époque, un mangaka éphémère qui décida de quitter le monde de la bande dessinée, car il ne voyait aucun avenir dans ce domaine-là.
Un personnage énervant :
Personnellement, j'étais très frustré par le personnage principal. C'est un père de famille qui -comme sa femme l'a dit- donne l'impression de travailler, sans réellement se donner les moyens de parvenir à ses fins. De plus, il représente tout ce qui est détestable chez l'être humain. Il passe ses journées à dormir, ne s'occupe pas de son fils malade qui a faim et quand la chance lui sourit, il gaspille celle-ci par son entêtement.
Premier exemple qui me vient en tête, celui où il refuse une offre d'un éditeur pour un manga, alors qu'il est en situation de précarité. Une autre opportunité vient à lui au moment où il reçoit 30 000 yens pour des planches qu'il avait réalisé à une époque. Là encore, il dépensera cet argent bêtement, prétextant qu'il n'était pas prévu et que sa femme n'a pas à se douter d'où il provient.
Bien entendu, c'est fait exprès. L'auteur personnifie à travers son personnage une partie de la bêtise humaine.
Des défauts :
Ce manga a pour principal défaut de ne pas avoir de réel fil conducteur. Il y a des chapitres, donc théoriquement, un intérêt chronologique, mais j'ai eu cette sensation qu'on pouvait tout lire dans le désordre, sans que ça n'ait un quelconque impact sur la compréhension. Je trouve que les dessins sont loin d'être horrible, même si ce n'est clairement pas mon style favori.
En revanche, la page de couverture est pas séduisante, c'est même le contraire, elle arrive à me rebuter. Pour tout vous dire, cette illustration n'est qu'une demi-page du livre que l'éditeur a visiblement choisi de mettre en avant. Je sais pas si une version japonaise regroupant les chapitres en un recueil existe, mais je serai curieux de voir la couverture original.
Faut-il le conseiller ?
C'est une bonne question. Je pense que c'est le genre d’œuvre qu'il faut déconseiller aux néophytes, car c'est un manga pas loin d'être ennuyeux et qui ne charme pas. Du coup, c'est presque un moyen pour dégoûter certaines personnes des bandes dessinées japonaises. J'ajoute que personnellement, j'étais presque triste pour le personnage, car je me dis que certains sont probablement ou furent dans cette situation. D'ailleurs, en regardant sur internet, j'ai cru comprendre que l'auteur est un des pionniers du manga autobiographique et qu'il n'est pas impossible qu'il ait pris quelques éléments de sa vie pour les introduire dans ces pages.
Conclusion : Difficilement appréciable
Pour tout vous dire, connaissant la faible popularité de l’œuvre en France, je me sens un peu chanceux d'avoir pu lire le manga. Sachant par avance que je n'avais pas un thriller ou tout type de shônen entre les mains, je n'ai pas eu d'énormes attentes sur ce bouquin et c'est peut-être ce qui a fait que je ne suis au final, pas déçu de la lecture. Mais en même temps, je serai incapable de relire l'Homme sans talent. Du moins, pas avant les cinq ou dix prochaines années. Libre à vous de déterminer ce que cela veut dire.
★★★☆☆
Informations :
Auteur : Yoshiharu Tsuge
Éditeur japonais : Nihon Bungeisha via Comic Baku (1985-1986)
Éditeur français : ego comme x (2004)
Nombre de tome : 1
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